Québec (province). Scandales. Affaire Coffin. Omerta policière (Police provinciale du Québec-SQ)

Un article de la Mémoire du Québec (2021).

  • Éphémérides -


1953
(5 juin 1953) Eugene Lindsey, 45 ans, un mécanicien et prêteur usurier d'Altoona (Pennsylvania, USA), vient faire une partie de chasse à l'Ours en Gaspésie accompagné de son fils, Richard Lindsay, 17 ans, et d'un ami de son fils, Frederick Claar, 19 ans ; le trio voyage dans un camion Ford de couleur verte.
(10 juin 1953) Wilbert Coffin, un prospecteur minier de Gaspé, rencontre les chasseurs alors qu'il fait de la prospection minière dans la forêt ; leur camion étant en panne, Coffin amène Richard Lindsay à Gaspé pour y acheter une pompe à essence ; Richard Lindsay lui donne 40 $ US pour le remercier de ce service et Coffin promet de revenir les voir le 12 juillet suivant.
(12 juillet 1953) Wilbert Coffin, se serait arrêté à côté du camion de Lindsay, mais n'y aurait vu personne ; il s'empare alors d'une valise remplie de linge, d'une paire de lunettes d'approche et de la pompe à essence neuve.
(15 juillet 1953) Le trio n'ayant pas donné signe de vie, une recherche est effectuée dans les bois situés entre Gaspé et Murdochville ; le véhicule vidé de son contenu et une partie du cadavre d'Eugène Lindsay sont trouvés.
(23 juillet 1953) Les restes de Richard Lindsay (coupé en trois) et de Frederick Claar (partiellement dévoré par des ours) sont trouvés à environ 4 km de ceux d'Eugène Lyndsay ; les trois cadavres avaient été dévorés par les ours et la carcasse d'Eugene Lindsay portait des traces de balles.
Le capitaine Alphonse Matte et le capitaine Raoul Sirois de la Police provinciale de Québec arrivent à Gaspé.
(27 juillet 1953) Début de l'enquête du médecin coroner Rioux. Wilbert Coffin, la dernière personne connue à avoir vu les chasseurs vivants donne sa version des faits en omettant de dire qu'il s'était accaparé de certains biens appartenant aux victimes.
(Début d'août 1953) Après avoir détenu pendant plus de 18 heures Marion Petrie, la conjointe de fait de Wilbert Coffin, la police trouve la valise et son contenu dans le logement de cette dernière à Montréal.
(10 août 1953) Arrêté par la police provinciale, Wilbert Coffin est enfermé dans la cave du poste de pompiers et est soumis à un interrogatoire serré pendant 16 jours par les capitaines Alphonse Matte, Raoul Sirois et le sergent Jean-Charles Van Houtte .
(27 août 1953) Le coroner Rioux reprend son enquête, mais cette fois, le procureur général et premier ministre de la province de Québec, Maurice Le Noblet Duplessis, y a délégué son bras droit, Noël Dorion ; le même jour Wilbert Coffin rencontre son père et lui déclare «Don't worry, they are not men enough to break me» cette conversation était écoutée par la police.
( 28 août 1953 ) À la fin de l'enquête à Percé, le jury du coroner formé de six hommes conclut que Frederick Claar et Richard Lindsay avait été assassinés par une personne inconnue et qu'Eugene Lindsay était décédé de causes inconnues ; Noël Dorion aurait alors ordonné au jury de citer Coffin à procès, sinon il le ferait lui-même ; c'est ainsi que le jury aurait déclaré Coffin criminellement responsable des décès de Frederick Claar et de Richard Lindsay et l'aurait envoyé à son procès.
1954
(12 juillet 1954) Ouverture du procès de Wilbert Coffin à Percé ; le procès est présidé par le juge Gérard Lacroix ; la Couronne est représentée par Noël Dorion et Paul Miquelon qui y feront témoigner 88 personnes qui affirment que Coffin avait dépensé beaucoup d'argent américain ; la Couronne ne produit aucune arme du crime, ni aucun lien entre le meurtre et Coffin, mais dépose comme une confession la déclaration faite à son père par Coffin le 27 août 1953. L'avocat de Coffin, Raymond Maher, ne présente aucun témoin et refuse de faire témoigner Coffin ; la narration des faits par ce dernier devant le coroner le 27 juillet 1953, avait été acheminée à la police provinciale qui semblait l'avoir perdue.
(6 août) Après n'avoir délibéré que 30 minutes, le jury déclare l'accusé coupable du meurtre de Richard Lindsay et le juge Gérard Lacroix condamne Coffin à être pendu.
1955
(19 juillet 1955) La Cour du banc de la reine du Québec rejette l'appel des avocats de Coffin.
(6 septembre 1955) Coffin s'évade de la prison de Bordeaux à l'aide d'un simili revolver sculpté dans du savon et se réfugie chez son avocat, Me Raymond Maher qui le convainc de se rendre è la police.
1956
(10 février 1956, 0 h 01) La Cour suprême du Canada ayant refusé d'entendre l'appel du jugement de la Cour d'appel, Wilbert Coffin est pendu à la prison de Bordeaux (Montréal).
(27 février 1956) Mort subite (suicide ???) de William Baker, ami de Coffin et témoin important au procès de ce dernier.
1958
Publication d'une série d'articles de journaux et du livre de Jacques Hébert intitulé Coffin était innocent.
1963
Publication du livre de Jacques Hébert J'accuse les assassins de Coffin.
1964
(Janvier 1964) Le Gouvernement de Jean Lesage confie à une commission d'enquête le mandat d'examiner et de faire la lumière sur le processus ayant conduit à l'exécution de Wilbert Coffin ; le juge Roger Brossard de la Cour supérieure du Québec est chargé de présider cette enquête, et Me Jules Deschênes en est nommé procureur. La commission donne mandat au capitaine Jean-Charles Van Houtte de la police provinciale de réviser l'enquête policière ; le même Charles Van Houtte qui avait participé à l'enquête originale. Au cours de son enquête la commission tient 144 séances, elle entend 214 témoins, dont Jacques Hébert et les 12 membres du jury, et reçoit 436 pièces. À la fin de son enquête, la commission conclut que «l'ensemble de la preuve soumise à cette commission tend à confirmer - et non à contredire - le verdict du jury de Percé et les décisions de nos tribunaux à l'effet que Coffin n'était pas innocent du meurtre dont il était accusé. Le procès de Coffin n'a pas été une injustice. L'Affaire Coffin en a été une.» Elle ajoutait que le processus policier ayant mené à la condamnation de Coffin n'avait pas été entaché d'irrégularités et que les propos de Jacques Hébert étaient sans fondement ; accusé de diffamation, Jacques Hébert est condamné à un mois de prison et à une amende de 3 000 $ pour outrage au tribunal ; représenté par Pierre Elliott Trudeau, Hébert est emprisonné pendant 3 jours, puis sera plus tard acquitté par la Cour d'appel.
2006
Septembre 2006) Le groupe de révision des condamnations criminelles du ministère fédéral de la Justice est chargé de réexaminer le dossier de Wilbert Coffin.
(18 novembre 2006) Le quotidien The Gazette révèle que les enfants de Philippe Cabot affirment que leur frère, Jean-Gabriel Cabot a avoué en octobre 1991 avoir vu leur père assassiner les trois Américains ; Philippe Cabot, qui demeurait à Barachois (Percé) à l'époque des meurtres, est décédé en novembre 1998 à Ottawa. Jean-Gabriel Cabot qui avait 8 ans à l'époque des meurtres, est décédé le 1er mai 2006 à Pointe-aux-Anglais.
2007
(Octobre 2007) Me Clément Fortin, qui a relu tous les témoignages au procès de Percé et tous les jugements s'y rapportant, tous les témoignage devant elle et les conclusions de la Commission Brossard, publie un docu-roman sous le titre L'Affaire Coffin : une supercherie dans lequel il tire la conclusion que Coffin a subi un procès juste et équitable et qu'il serait arrivé, comme le jury de Percé, à trouver Coffin coupable du meurtre qu'on l'accusait d'avoir commis ; cependant, un doute sérieux sur le procès lui-même subsiste puisqu'on a refusé à Me Fortin l'accès au dossier de la police en invoquant ce qui suit : 'Malheureusement nous ne pouvons vous permettre de consulter le dossier portant le numéro 299-530611-001 en application des articles 28 par. (3), 53 et 54 de la Loi sur l'accès à l'information. En effet, les renseignements contenus à ce rapport d'enquête policière ne peuvent vous être communiqués parce qu'ils risqueraient de révéler une méthode d'enquête, une source confidentielle d'information, un programme ou un plan d'action destiné à prévenir, détecter ou réprimer le crime ou les infractions aux lois. De plus, des extraits sont constitués de renseignements nominatifs et confidentiels.'

N.B. Me Clément Fortin a été professeur à l'Université de Sherbrooke et directeur de l'École du Barreau et de la Formation permanente des avocats du Québec ; il conteste les propos de Jacques Hébert.
Plusieurs irrégularités y sont commises et la défense aurait pu faire annuler le procès pour une seule des raisons suivantes :
12 juillet 1954 : Début du procès de Coffin devant le juge Gérard Lacroix de la Cour du Banc de la Reine (juridiction criminelle) à Percé.

Particularités du procès :
Il y a six jurés anglophones et six francophones. Le procès étant en anglais, ces derniers suivent le procès par un système de traduction.
Au Palais de justice, la chambre du jury, où celui-ci doit se retirer au besoin, est dans une pièce attenante d'où l'on peut tout entendre de ce qui se dit dans la salle d'audience, ce qui fausse le procès et aurait dû justifier une annulation du procès.
La preuve concernant la carabine de Jack Eagle a été admise par ouï-dire.
La poursuite a contre-interrogé son propre témoin dans le cas de Marion Petrie.
Durant le procès, les jurés ont assisté à un film accompagnés de deux policiers qui ont plus tard témoigné pour l'accusation.
De multiples erreurs de faits ont été reprises dans les plaidoyers des avocats et dans l'adresse du juge au jury.
Un nommé Vincent Patterson, de Toronto, a payé à boire aux témoins, les a soudoyés et tenté d'influencer leur témoignage. Il devait témoigner car il était au camp de Bill Coffin lorsque son frère Donald aurait dit : « Si des Américains viennent sur nos claims, je vais les passer au fusil ! » Il ne témoignera pas car la poursuite ne s'est intéressée qu'aux pistes qui incriminaient Bill Coffin. Le seul témoin à se plaindre en cour des tentatives d'intimidation est William Baker qui lui a donné un coup de poing lorsqu'il s'est présenté à son bar, le Ash Inn.
La police a promis des réductions de peine à deux codétenus de Coffin à la prison de Québec, Réal Marleau et Gaston Morin, pour qu'ils affirment qu'il leur a fait des aveux. Morin a même été emmené à Percé mais refusa de témoigner.
D'autre part, durant tout le procès, les témoins sont strictement contrôlés sur ce qu'ils peuvent dire ou non, ce qui fausse les faits. Les témoignages de personnes ayant vu la jeep à boîte jaune et ses occupants sont cachés par la police et par les procureurs. Les policiers Matte et Sirois invitent les avocats à leurs beuveries dans leur cabine de l'hôtel Bleu Blanc Rouge. La Couronne présente sa preuve pendant 15 journées complètes avec 88 témoins en tout. À un certain point, l'avocat Raymond Maher, qui revient en Cour après deux jours d'absence, déclare au juge pour s'excuser, qu'il a fait 2 500 km pour interroger plein de gens et avise la Cour qu'il aura une centaine de témoins à faire entendre. Quand vint le temps de présenter sa contre-preuve, l'avocat déclare qu'il n'en présentera aucune. Il ne permet même pas à Coffin de témoigner.


  • Bibliographie -


Coffin était innocent (Jacques Hébert, 1956)
J'accuse les assassins de Coffin (Jacques Hébert, 1963)
L'Échafaud : J'ai vu les dernières pendaisons à la prison de Bordeaux (Roger Duguay, 1979)
To Build a Noose (Alton Price, 1996)
L'Affaire Coffin : une supercherie (Clément Fortin, Wilson et Lafleur, 2007)
Wikipédia : Afffaire Coffin
L'affaire Coffin qui s'est déroulée au Québec dans les années 1950 est l'une des affaires judiciaires les plus célèbres au Canada. Par ses répercussions dans les médias, son impact politique et ses conséquences sur le système de justice, notamment sa contribution essentielle dans l'abolition de la peine de mort au Canada, elle reste une leçon vivante[évasif] sur les abus de pouvoir et la fragilité des systèmes judiciaires.
Encore aujourd'hui, l'opinion publique est très divisée sur la culpabilité de l'accusé, le prospecteur gaspésien Wilbert Coffin qui a été pendu le 10 février 1956 pour le meurtre de trois chasseurs américains.

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